La XJ, c’est un peu le dinosaure de l’industrie automobile britannique en terme de philosophie. Jusqu’à l’arrivée de la dernière mouture ( code X351 ) en septembre 2009 et les bouleversements stylistiques qu’elle a impliqué, la précédente génération s’est attachée à préserver un art de vivre typiquement Jaguar. Avec ce que cela inclut de raffinement et de performance, pratiquant l’art de la retenue avec brio.
Celle qui nous intéresse est la dernière production Jaguar de l’ère Ford, avant la prise de contrôle par Tata Motors. Et sans doute la dernière authentique XJ, ultime héritière de la première du nom, remontant à 1968 : depuis cette date et sa présentation au Salon de Paris, sa ligne désormais légendaire signée de sir William Lyons lui-même est restée fidèle au mêmes codes esthétiques. D’aucuns y voient un conservatisme aveugle, d’autres un bastion de la tradition automobile britannique. Ici, on croirait presque à une X308 ( la génération précédente ) que l’on aurait à peine engraissée. En faisant abstraction de son contenu technologique et de ses procédés de fabrication nettement plus modernes, elle pourrait passer pour une simple évolution en douceur.
Traditionnel, sans doute : de loin, le profil élancé semble ne pas avoir bougé d’un iota. De face, on retrouve les double optiques rondes, encadrant une calandre horizontale scindée en deux… Et toujours une avalanche de chromes, qui font écho à un habitacle dans la même veine : du bois, massif, à profusion. Et de splendides cuirs Connoly, qui distillent une ambiance très… club. La qualité de réalisation, en progrès constant depuis l’ère américaine, s’approche des standards allemands même si on tique encore sur certains boutons de la console centrale ou les comodos d’extraction Ford. De même, certains accostages sont perfectibles, mais quel charme…
La XJR est sans conteste la plus décalée et la plus désirable de toutes les motorisations qui étaient disponibles. Un V8 de 4,2 litres gavé par un compresseur, chargé de mettre le feu à une vénérable Anglaise, voilà sa carte de visite. 395 ch au programme, et un poids plutôt bas pour l’époque et sa catégorie ( 1875 kg, soit presque 200 kg de moins que ses rivales ). Jaguar a mis les petits plats dans les grands pour la structure de sa septième XJ : entièrement réalisée en aluminium ( c’est une première chez Jaguar ), sa structure monocoque a recours à une technique de collage-rivetage inédite dans l’automobile et habituellement réservée à l’aéronautique. Le rapport poids-rigidité de la XJ X350 fait encore partie des références de la catégorie.
Mis à part cette variante volcanique, l’offre s’avère relativement sage. On regrette l’absence de 6 en ligne caractériel, comme on a pu en connaître dans le passé de la marque. En entrée de gamme, la XJ6 se contente d’un modeste V6 3 litres de 245 ch, acceptable sur le papier mais dépassé par les événements en réalité. Malgré son poids en dessous de la moyenne ( 1760 kg en XJ6 ), cette entrée de gamme est à la peine et n’offre pas des performances en accord avec l’image du véhicule. À éviter donc, tout comme le V6 2.7D. Oui, D : la X350 est la première XJ a recevoir un bloc diesel, hérésie aux yeux des adeptes de la première heure du constructeur britannique… Si les qualités intrinsèques de ce moteur développé conjointement par Ford et PSA sont réelles, ses prestations modestes semblent décalées dans ce vaisseau-amiral.
XJR, reconnaissable à sa calandre spécifique et ses jantes de 20″
Une XJ se vit avant tout en V8, et avec des bougies : en 2003, on trouve un 3,5 litres de 265 ch, coupleux et musical. Sans être un foudre de guerre, il s’avère onctueux et plaisant à l’usage.
La cylindrée portée à 4,2 litres en 2005 fait passer la puissance à 298 ch. C’est vers celle-ci qu’il convient de s’orienter, tant pour des raisons de plaisir que de fiabilité. L’agrément fait un bond, les performances aussi : les allemandes ( Classe S et Série 7 en tête ) sont à portée, même si la boite auto ZF 6 rapports reste encore lente et typée cruising par rapport aux transmissions actuelles. Reste que l’ensemble est homogène : une XJ, ça se mène sur un filet de gaz…
À la même période, la version châssis long ( +18 cm ) fait son apparition.
Le restylage de 2007 est souvent perçu comme un symptôme de l’essoufflement du style Jaguar. La ligne fluide et épurée de la XJ s’est vue affublée d’une calandre moins raffinée et de boucliers au dessin plus sportif. Pas vraiment conciliable avec un classicisme typé Gentry, même sur la colérique XJR…
XJ restylée ( code X358 ), 2007. On note l’anachronisme de la prise d’air du bouclier avant.
Jaguar XJ au quotidien, fiabilité










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