La Maserati Shamal sur la route
… Car il s’agit de refroidir l’antre du petit frère du Vésuve. J’ai nommé le V8 biturbo tout alu, fort de 325 ch, qui dort sournoisement derrière le Trident : nous avons affaire à un bloc compact cubant 3,2 litres, gavé par deux turbos japonais IHI. Un peu plus de 100 ch/l donc, pour un couple maxi de 450 Nm atteint dès 2800 trs/mn. Un régime relativement bas pour un moteur à vocation sportive qui ne l’empêche pas pour autant de monter gaillardement à l’assaut de la zone rouge située à 6000 trs… Deuxième chant des sirènes : après sa ligne incongrue dans notre paysage automobile, la sonorité émanant des quatre sorties d’échappement achèvera de vous attirer les foudres des forces de l’ordre… ou de faire grimper le taux d’œstrogènes de la passagère égarée. Selon une très sérieuse étude britannique, la sonorité du V8 de la 4200 GT serait une des plus stimulantes pour les hormones féminines. En extrapolant le surcroît de bestialité dégagé par le V8 biturbo qui nous intéresse aujourd’hui, on imagine sans peine le résultat sur les routes du mont Palatin… Moi aussi, je m’égare…
Les esprits de toute une génération d’amateurs d’esthétique mécanique auront été marqués par ce moteur démoniaque. Enfin, surtout question caractère. Car si les données techniques placent la Shamal un net cran au dessus de la plus modeste Ghibli II, les performances sont étrangement similaires ( 6,6 s pour atteindre 100 km/h, 270 km/h en pointe ). Imaginez tout de même, les gargouillis d’un V8 de cylindrée modeste ( 3,2 litres ), associés au susurrements des deux turbos…
Donc, se méfier de l’eau qui dort, pas toujours synonyme de voyage facilité au volant de cette italienne qui ne se livre pas au premier venu… Surtout de celle qui viendra transformer la chaussée en patinoire, dès ses premières gouttes. Mener une Maserati biturbo sur sol humide, a fortiori une Shamal, demande un doigté certain. Pudiquement, on la dira joueuse. Une décélération trop brutale ou un mauvais dosage de l’accélération ( sensible à l’extrême ), et c’est l’alchimie qui prend fin… Tout à recommencer : apprivoiser, séduire sans effaroucher mais d’une main ferme Diane chasseresse. Trop traditionaliste de prime abord, dévergondée pour qui sait la mener en gentleman.
Objectivement, dangereuse entre des mains non-expertes : la direction ultra-précise et l’absence de garde-fous électroniques demandent une concentration maximale en cas de rythme un tant soit peu soutenu. Pas d’ABS, encore moins d’antipatinage, mais un autobloquant mécanique « Ranger » faisant office de répartiteur de couple entre les deux roues arrière. Les intégristes seront ravis… Bien menée, l’efficacité est redoutable : merci à la suspension pilotée développée conjointement avec Koni. Par rapport à une Ghibli II, les voies avant ont gagné 7 cm ( 1,51 m ), l’arrière 10 cm ( 1,55 m ). Stabilité et tenue du pavé s’en ressentent. Autre avantage, le poids encore contenu à l’époque se limite à 1420 kg, soit presque une demi-tonne de moins qu’une actuelle Granturismo!
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