Ingolstadt, 1997. Entre une turbulente BMW M3 et une Classe C AMG trop peu sportive, l’Audi S4 abat l’atout de sa plus grande polyvalence… Au programme : Quattro et V6 biturbo, d’autant plus recommandables qu’ils sont désormais accessibles.
La première S4 était basée sur une vieillissante Audi 100, avant que le label S n’acquière ses lettres de noblesse. Bien sûr, les S2 et surtout RS2 savaient faire parler la poudre, mais le châssis de l’Audi 100 / S4 était bien loin du potentiel de son 5 cylindres suralimenté ( et plus tard de son V8 4.2 ).
La première « vraie » Audi S4 est donc celle basée sur la A4 b5, soit la première génération d’Audi A4. La S4 se distingue d’un modèle standard par des boucliers avant et arrière plus généreux, une calandre spécifique et des jantes 17p chaussées en 245/40/17… et surtout par son V6 2.7 biturbo de 265 ch! Un parfait exemple de la recette Audi S, réitérée avec le même brio sur les modèles qui ont suivi : des retouches extérieures légères, mais qui apportent un surcroît de dynamisme perceptible au premier coup d’oeil. L’essentiel se trouve donc dans les entrailles de l’auto : le V6 2671 cc tout alliage est coiffé par 30 soupapes et dopé par 2 turbos. Résultat : 265 ch à 5800 trs/mn, et un couple de 400 Nm disponible dès 1850 trs/mn. D’où une plage d’utilisation appréciable et des chiffres équivalents à ceux d’une M3 e36 3.0 : 5,6 s pour atteindre 100 km/h et un 1000 m D.A en 26 s. Pas mal, pour 1540 kg…
Seul reproche, la boîte manuelle 6 rapports est un peu trop lente pour prétendre à une réelle sportivité. La boîte séquentielle Tiptronic était aussi disponible, très peu répandue toutefois.
En Audi S qui se respecte, la S4 reprend la transmission intégrale Quattro permanente ( différentiel central torsen ). Plus efficace que réellement sportive, la motricité est imperturbable et la S4 semble boulonnée au sol. Idem pour les mouvements de caisse, bien maitrîsés : rien à voir avec une bête A4 TDI… A moins de la martyriser, l’équilibre reste neutre et la S4 passe très vite en courbe.
En 1999 intervient un léger restylage. Nouvelles optiques monoblocs, poignées de portes et baguettes latérales redessinées sont les principales modifications. A l’intérieur, la planche de bord bénéficie d’un nouvel agencement.
Vie à bord
Encore aujourd’hui, l’habitacle fait preuve d’une qualité de réalisation de toute beauté. Sur cette première génération d’A4, on rencontre bien quelques plastiques durs en bas de console centrale, mais tout respire la solidité. Aucune fantaisie, un dessin sans fioriture, mais une organisation rationelle de l’espace intérieur : les commandes sont intuitives et tombent facilement sous la main. De série, la S4 offre une sellerie cuir et/ou alcantara Recaro. L’excellent maintien des sièges avant s’accompagne d’un confort ferme, mais pas désagréable. A l’arrière, les passagers sont moins bien lotis : l’espace aux jambes est réduit à la portion congrue, l’assise de la banquette est courte et le tunnel de transmission interdit les longs trajets à cinq. La S4 a été majoritairement diffusée en break ( Avant ), principalement pour des raisons de style : le volume du coffre est même inférieur à celui de la berline sous la tablette de chargement.
L’équipement complet fera oublier une habitabilité perfectible. 4 vitres électriques, système audio Audi Concert, clim auto Klimatronic ( très efficace ) et ordinateur de bord sont de série. Bon nombre de modèles étaient pourvus du GPS Navi Plus et de sièges électriques chauffants.
Le confort de roulement reste typé… Audi : un tapis volant sur route et autoroute, mais les choses se gâtent dès que la chaussée se dégrade. Très raide en compression, l’amortissement ne ménage pas les passagers.
Fiabilité générale
La fiabilité du V6 2.7 biturbo est excellente, et les modèles dépassant largement les 200 000 km pullulent dans les annonces. Passés ces kilométrages, un rafraîchissement moteur sera nécessaire pour qu’il retrouve son entrain de jeunesse ( segments, réglage des soupapes… ). Hormis quelques problèmes isolés de turbo et de pompe à eau sur les premières S4, le V6 est blanc comme neige ( pour les turbos, attention : près de 6000 € le remplacement des 2 turbos ). En 2000, un rappel eut lieu pour un remplacement de tôle de protection thermique. A vérifier. On relèvera aussi une fragilité de débitmètre ( environ 100 € ) sur les premières versions.
L’historique d’une S4 doit être limpide : attention aux modèles d’importation ayant connu plusieurs propriétaires. Les autos accidentées et reconstruites de toutes pièces sont un risque réel : évitez les S4 en provenance de Belgique ou d’Allemagne.
Quelques problèmes sporadiques de climatisation ont touché les premières S4: des servomoteurs pouvaient griller, nécessitant une dépose complète de la console centrale, donc des temps de main d’oeuvre élevés ( attention, les taux horaires sont onéreux : jusqu’à 120 € en Ile de France ). Vérifiez impérativement les fonctions de ventilation avant l’achat. Sur les modèles antérieurs à 1999, des souçis de commande de clim nécessitaient parfois le changement du boitier complet. Une très belle pièce monnayée environ 750 €…
Concernant les liaisons au sol, attention : la S4 souffre de la maladie des Audi, c’est à dire d’une usure rapide des rotules de trains avant. Equipée du châssis sport, la S4 est toutefois moins touchée qu’une simple A4. Méfiance tout de même : inédite à l’époque, la double triangulation en aluminium fait appel à pas moins de 18 rotules à l’avant. Si des claquements retentissent lors de passages de ralentisseurs à basse vitesse, il faudra prévoir un passage par l’atelier et quelques deniers ( environ 300 € par bras de suspension et 2 heures de mains d’oeuvre ). Idem pour les rotules de direction, si un « clonk » retentit en butée. Côté freinage, les disques avant se voilent facilement en conduite sportive ( environ 500 € disques et plaquettes avant ).
Autre désagrément, bénin cette fois : par temps froid, des grincements pouvaient provenir du train avant sur les modèles d’avant 1999. En cause, des silent-blocs de bras supérieurs usés.
Si l’ensemble de ces problèmes peut effrayer, il convient de prendre en compte l’importance de la diffusion de l’Audi S4. Dilués dans la masse, les tracas de jeunesse restent en général des cas isolés.
Entretien et coût d’usage
Globalement, l’entretien est raisonnable au vu du plaisir procuré par cette formidable machine : la distribution intervient tous les 80 000 km et demande environ 800 €. Les pneus en 225/45/17 peuvent tenir 40 000 km en conduite normale. D’origine, la S4 reçoit des Bridgestone Potenza ( environ 650 € les 4, hors pose ). Pour l’entretien courant, le programme Long Life autorise des passages à l’atelier avec un confortable intervalle de 30 000 km. Coût de la visite, avec vidange, filtres et contrôles : à partir de 350 €, mais la facture peut vite grimper en cas d’intervention supplémentaire. Ce n’est un secret pour personne, le SAV Audi ne brille pas par sa générosité.
Enfin, l’utilisation quotidienne se soldera par une consommation relativement contenue : 11 à 12 l /100 km en conduite normale, environ 16 l en conduite sportive. Pour l’assurance, un conducteur de 40 ans avec 50 % de bonus devra s’acquitter d’un peu plus de 1000 € en tous risques.
De présentation plus moderne et débarassée de ces petits tracas, une S4 d’après 1999 est à privilégier. Une première main de 2000 au carnet d’entretien complet se négocie environ 16 000 €, pour moins de 100 000 km. Les amateurs de berlines devront faire preuve de patience : la plupart des modèles disponibles sont des Avant ( break ). Enfin, une recommandation à ne pas négliger : les Audi S sont des morceaux de choix pour les voleurs et car-jackers. Un garage fermé vous évitera au moins les petits débutants.



















