La vitesse au service du beau, à moins que ce ne soit l’inverse, c’est une doctrine qui a cours depuis la nuit des temps automobiles. L’Art de l’Automobile, intitulé éloquent du parterre issu de la collection Ralph Lauren exposé aux Arts Décoratifs, revient sur ce principe.
Mettre le tout dans un seul et même écrin, synthétisant les sommets du design automobile à travers les âges, voilà le spectacle offert par les 17 pièces venues de la collection du styliste américain, pour la première fois présentées en Europe.
« Il aura fallu deux jours pour mettre en place les véhicules dans la grande pièce centrale, et les tirer à la main un par un sur une rampe installée pour l’occasion », confie une responsable de la communication du musée, alors que nous sommes devant la vénérable Bentley Blower de 1929, trois participations au Mans à son actif en 1930, 1932 et 1933. Effectivement, gravir les marches de cette aile du Musée du Louvre devait être délicat pour les plus anciennes. Précieuses reliques, entreposées au beau milieu d’une nef dédiée à un culte un peu spécial. Celui de l’allure, dans toutes les acceptions…
Ouverte au public le 28 avril dernier, l’exposition mise en scène par Jean-Michel Wilmotte se tiendra jusqu’au 28 août. Par les temps qui courent, ériger l’automobile en « art majeur » rassure.
Surpasser les concours d’élégance…
L’atmosphère est religieuse. Dès l’entrée, en découvrant le clou de l’événement, l’aura intimide. L’œil s’approprie la Bugatti 57SC Atlantic, « monument de l’histoire de la carrosserie française » selon les termes de Paul Bracq. La représentante la plus mythique du Streamline à la française, cette tendance préfigurant l’application des principes aérodynamiques au design automobile dans les années 30, est sans doute la plus exceptionnelle. 4 exemplaires seulement ont vu le jour dans cette configuration SC, c’est à dire dotée d’un compresseur.
Ici, fluidité et pureté se mêlent au fonctionnel : loin d’un effet de style gratuit, la célèbre arête centrale est le point de rivetage des éléments de toit et d’ailes, la soudure sur aluminium n’étant à l’époque pas aussi développée qu’aujourd’hui.
Un peu plus haut, au beau milieu de 11 autres véhicules de compétition, c’est une autre Bugatti qui s’impose, une Type 59 Grand Prix, considérée comme l’aboutissement du design automobile appliqué à la course des années 30. Tout l’imagerie de l’époque est là, des lanières de cuir aux tringleries apparentes en passant par les fils de cuivre maintenant les éléments du fuselage, dans une condition de restauration surpassant les Concours d’élégance les plus courus…
Dès les prémices de sa collection, Ralph Lauren a mis un point d’honneur à maintenir ses véhicules en parfait état de fonctionnement. Cela se vérifie pour les autres icônes présentes, de l’Alfa Romeo 8C 2900 seconde aux Mille Miglia en 1938 à la grandiloquente Mercedes SSK 1930 « Comte Trossi », exemplaire unique carrossé à la demande de ce dernier.
Ferrari 250, Jaguar Type D… le crayon au service du chrono
Plus loin, le témoignage historique prend les accents des 24 Heures du Mans en découvrant une Jaguar Type D et une Ferrari 375 Plus, dont 5 exemplaires de cette dernière ont vu le jour.
Le verbe reste transalpin lorsque, se remémorant les images des Mille Miglia ou de la Targa Florio, les variations autour de la Ferrari 250 se dévoilent dans leurs versions les plus légendaires. 250 GTO, 250 Testa Rossa ou 250 GT empattement court nous ramène aux heures de gloire du V12 Colombo, et des premiers coups de crayon de Pininfarina.
On se prend même à chuchoter, en déambulant dans les travées latérales, pour ne pas troubler la voix venue d’un autre temps, émanant d’un 8 cylindres Bugatti exposé aux côtés d’une Mc Laren F1, curieuse présence plus contemporaine mais elle aussi devenue légende de l’automobile d’exception. En face, ce sont une Mercedes 300 SL et une Jaguar XKSS ( l’une des 16 Type D à peine civilisée pour la route ) qui clôtureront la visite.
Mais juste avant, on s’arrêtera sans doute sur une autre application du design intimement lié à la performance. Unique Porsche présente à l’exposition, la 550 Spyder tragiquement immortalisée par James Dean était l’une des premières compétitrices à s’imposer face aux italiennes plus puissantes, en jouant sur légèreté et équilibre.
L’équilibre, voilà la notion clef qui amène paradoxalement aux plus belles et démesurées des réalisations automobile. Et accessoirement, à la fureur de vivre…
L’art de l’Automobile, pour rappel, c’est jusqu’au 28 août au 107 rue de Rivoli ( Paris 1er ). Tarif : 9 € ( 7,50 € tarif réduit ). De 11h à 18h du mardi au dimanche, nocturne le jeudi jusqu’à 21h.

















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