Sport-Prestige poursuit son exploration des grandes innovations de l’histoire automobile avec l’Isotta-Fraschini Tipo 8, toute première voiture de série avec moteur à 8 cylindres en ligne.
Au sortir de la Première Guerre mondiale, l’automobile de prestige à l’Italienne se nomme Isotta-Fraschini. Les bolides de la marque rivalisent alors de luxe avec les Bugatti, De Dion-Bouton, Rolls-Royce, Duesenberg et autres Hispano-Suiza. Fondée en 1900 par Cesare Isotta et les frères Oreste et Vincenzo Fraschini, la société se lance très rapidement dans la construction de voitures, d’abord équipées de moteurs français. Dès 1903, l’entreprise développe son premier moteur. Audacieux, Isotta et les Fraschini ne cessent alors de fabriquer des blocs solides et très perfectionnés, qui vont beaucoup servir aux appareils militaires pendant la Guerre de 14-18. Camions, bateaux, avions et dirigeables en feront bon usage. Mais en 1919, alors que le conflit a coûté à la société, celle-ci est renflouée par le Comte Ludovico Mazzotti. La production automobile d’Isotta-Fraschini peut alors reprendre, avec le même objectif qu’avant-guerre : fiabilité, robustesse et innovation. Cette année-là, le constructeur lance un véhicule inédit : la Tipo 8. 8, pour les huit cylindres en ligne du moteur, le premier du genre à être implanté dans une voiture de série.
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Cet engin, conçu par l’un des principaux ingénieurs de la société, Giustino Cattaneo, se montre révolutionnaire à plusieurs égards. Construit pour être le plus souple et fiable possible, et maintenir une puissance constante tout au long de la plage d’utilisation, le moteur monobloc de 5.9 l à 16 soupapes en tête est fabriqué en aluminium, avec deux unités de 4 cylindres disposées en ligne et alimentées par deux carburateurs Zenith. Les pistons, eux aussi, sont faits d’aluminium. Plus léger que beaucoup de moteurs de l’époque, celui de la Tipo 8 développe ainsi entre 75 et 80 chevaux à 2 200 tours par minute, ce qui permet au bolide d’approcher les 130 km/h en vitesse de pointe. Une puissance modeste par rapport aux engins qu’embarquent alors les voitures de sport d’Isotta-Fraschini, mais il s’agit là du résultat d’un choix : moins de puissance, pour offrir un meilleur rendement et un meilleur confort de conduite, auquel participent également la boîte de vitesses à trois rapports et le système d’embrayage multi-disques.
Moins novateur, le châssis de la Tipo 8 est cependant pourvu de freins Isotta, réputés pour leur performance, sur les quatre roues. Une chose alors rarissime. La suspension se compose de ressorts semi-elliptiques et d’amortisseurs à friction Hartford sur les quatre roues, ce qui contribue à offrir au bolide un comportement routier exemplaire. A sa sortie, l’accélération et le freinage sont unanimement reconnus parmi les meilleurs de l’époque. Généralement vendu sans carrosserie, le modèle, destiné aux riches propriétaires, est alors carrossé selon leur bon vouloir. De nombreux carrossiers de renom oeuvrent sur la Tipo 8, parmi lesquels Castagna, Cesare Sala (photo ci-dessus), Barker, Fleetwood ou Le Baron. Le moteur 8 cylindres en ligne s’avère idéal pour les designers : ils peuvent alors donner à l’Isotta-Fraschini une silhouette plus élancée, avec un capot long et fin et une calandre spectaculaire. Très prisée des têtes couronnées, des hommes politiques et des célébrités des années 1920, la Tipo 8 transporté notamment le pape Pie XI, Benito Mussolini, le roi de Roumanie, William Randolph Hearst ou Rudolf Valentino. Mais c’est surtout sur le marché américain que le bolide connaît le succès, celui-ci étant alors beaucoup plus développé qu’en Europe.






















