Retour aux affaires : après une longue période d’errances, la 3200 GT marque le retour en force du Trident parmi les GT d’exception. En renouant avec la qualité, Maserati s’est affranchi de son image d’artisan pour initiés. Un rêve accessible en occasion, mais il s’agit de rester vigilant…

Confié à Giugiaro, le design extérieur est particulièrement réussi pour ce symbole du renouveau Maserati. Qu’elles semblent loin, les lignes un peu pataudes des productions de Modène des années 90… C’est un profil agressif, tout en muscles qu’arbore la 3200 GT. Même si cela reste de l’ordre du subjectif, force est de reconnaître le caractère marqué de cette Maserati, accentué par les désormais célèbres ( et regrettés ) feux arrière « boomerang » à LED. Lancée en 1999 et déclinée en cabriolet Spyder en 2001, la 3200 GT reprend le V8 suralimenté inauguré par la Shamal. Bien qu’ ancien de conception, le bloc gagne en agrément par le remaniement des deux turbocompresseurs et l’adoption d’une commande d’accélérateur électrique « drive by wire ». Fort de 370 ch atteints à 6250 trs/mn et d’un couple de 490 Nm à 4500 trs/mn, le bloc 3,2 l 32 soupapes est plébiscité pour son tempérament volcanique… Et c’est là tout le charme de cette transalpine : à la sonorité dantesque du V8 se mêle celle des turbos soufflant leur rage sans temps de réponse. Cette pièce d’orfèvrerie procure des performances comparables à celles d’une Porsche 996 Carrera, avec une dose de folie supplémentaire. 0 à 100 km/h réalisé en 5,4s, vitesse maxi culminant à 280 km/h… Dès les bas régimes, la poussée est impressionnante. Le tout est servi par une transmission manuelle 6 rapports bien étagée ( pouvant toutefois générer des à-coups ), à la commande relativement dure ( comme l’embrayage ). Une très agréable transmission automatique était également proposée ( un modèle sur deux en occasion ).

Afin d’encaisser la brutalité des 370 ch, le châssis a fait l’objet de l’attention des ingénieurs Ferrari ( les synergies de groupe ont du bon ) : suspension à double triangulation avant et arrière et amortissement piloté lui confèrent une efficacité et un équilibre hors pair, malgré les 1590 kg de ce coupé. L’ASR ( fourni de série ) a fort à faire pour juguler les pertes de motricité et les envies d’évasion du train arrière. Attention sur chaussée humide, où le pilote novice ne sera pas à son aise. Nous avons affaire à une GT toute latine : raffinée et virile, la 3200 GT propose un tempérament rarement rencontré, même chez ses cousines de Maranello.

Renaissance, style fin XXème

la révolution du Trident s’applique autant au style extérieur de la 3200 qu’au soin apporté à la réalisation : à bord, le temps des plastiques de piètre qualité et des assemblages approximatifs semble révolu. Idem pour les éléments de carrosserie et la peinture, qui subissent sans problème les outrages du temps. Désormais, une italienne ne rouille plus… Attention toutefois à certains commodos et interrupteurs ( surtout la commande de climatisation, d’aspect franchement « cheap » ), indignes d’une sportive de ce rang. Dans le même registre, on a pu relever des cas sporadiques de joints de vitres latérales mal ajustés, ou des pannes de lève-vitres électriques. Agaçant, tout comme l’allumage intempestif et sans raison de témoins lumineux.

Mais le cuir d’excellente qualité qui court jusque sur la planche de bord et le ciel de toit en alcantara plaident en faveur d’une finition en net progrès, même si imparfaite. Autre avantage non négligeable, sa polyvalence : avec quatre vraies places et un confort de suspension préservé, une utilisation familiale est envisageable.

Avant achat : vigilance de mise

Caractérielle, cette Maserati l’est par ses performances mais aussi par ses exigences en matière d’entretien et d’utilisation. Concernant les précautions d’usage lors de l’achat d’une sportive d’exception, la 3200 GT ne déroge pas à le règle : le suivi de l’entretien doit impérativement être justifié et l’historique limpide. Concernant la fiabilité, plusieurs points sont à vérifier : un défaut de réservoir de liquide de frein a touché les modèles produits entre janvier 1999 et août 2000, pouvant mener à une perte d’efficacité du freinage. Les véhicules concernés ont été rappelés fin 2000 ( à contrôler ). Autre rappel, concernant 415 véhicules en France, produits jusqu’en décembre 2001 : changement des pattes de fixation de crémaillère, trop fragiles. Des cas isolés de problème d’actuateur de suspension pilotée sont également à déplorer.

Le V8 suralimenté est très sensible à tout manque d’attention : il s’agira de respecter la montée en température avant de dépasser les 2500 trs/mn, ainsi que l’indispensable refroidissement des turbos avant l’arrêt du moteur. Concernant l’entretien : une révision annuelle ( ou 10 000 km ) avec vidange ( huile 10W60, la qualité est primordiale ) est facturée de 900 à 1100 euros selon concessions. La révision des 3 ans ( ou 50 000 km ), intégrant distribution, et contrôle du calage des arbres à cames demandera environ 3000 euros. Ce point est particulièrement sensible : du fait de fortes contraintes, la distribution ne tolère pas l’à peu près, et une casse moteur serait financièrement catastrophique…

Question portefeuille, une Maserati est donc demandeuse. Pour les pneumatiques : comptez environ 450 euros montés/équilibrés pour un train avant en 235/40/18, et 600 euros pour le train arrière en 265/35/18. Quand à leur longévité, tout dépend du type de conduite adopté… Le montant de l’assurance reste de l’ordre du raisonnable pour une sportive de cette catégorie : en tout risque, la prime annuelle pour un conducteur de 45 ans, 50 % de bonus, résidant en Ile de France s’élève à 1600 euros environ. Exagérée, la réputation de fragilité du moteur explique des cotes relativement basses : un modèle 1999 affichant 100 000 km peut se trouver entre 28 000 et 30 000 euros! Mais à ce prix, la traçabilité ne sera pas exemplaire. Préférez une première main de 2001, un bel exemplaire de moins de 80 000 km en BVA se négociant aux alentours de 35 000 euros.

A voir : Maserati 3200 GT d’occasion

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