Lors du lancement de la troisième génération de classe E ( W211 ) en mai 2002, la traditionnelle version AMG se devait d’être reconduite. C’est chose faite l’année suivante, avec un tonitruant V8 5,5 l de 476 ch. Une anti-M5, désormais disponible au prix d’une classe C neuve.
La classe E, c’est une institution : archétype de la berline statutaire, elle représente à elle seule près de 60 % des ventes de l’Etoile dans le monde. En passant entre les mains du sorcier AMG, la paisible classe E n’a plus rien à voir avec un de ces éternels taxis CDI qui pullulent dans nos villes. Sous des dehors bourgeoisement conventionnels se cache un coeur bouillonnant, transfigurant littéralement cette routière. Seul l’amateur éclairé saura relever les boucliers spécifiques, les jantes 18p et ( surtout! ) les quatre sorties d’échappement ovales. Dans cette exécution 55 AMG, le V8 de 5439 cc bien connu sous le capot des anciennes E et CLK 55 s’octroie les bienfaits d’un compresseur et affiche une puissance de 476 ch. Avec 1835 kg à mouvoir, le bloc pourrait être à la peine. Il n’en est rien : délivrant un couple phénoménal de 700 Nm dès 2650 trs/mn, les 8 cylindres à 90° dispensent des performances de premier ordre. Avec un très respectable 4,7s pour atteindre 100 km/h, on gagne 1/10 sur une 997 Carrera S. L’écart passe à 7/10 pour le 1000 m D.A ( 22,5s )! Sur autoroute s’entend, car l’agilité peinera à rivaliser avec celle de la 911 précitée sur route sinueuse. Les suspensions pneumatiques Airmatic sont associées à un train avant Mc Pherson et un essieu arrière multibras offrant un comportement rigoureux et efficace, mais plus adapté à l’Autobahn qu’aux virolos de la route Napoléon. Le comportement routier n’en reste pas moins ultra-sécurisant et préserve un excellent confort permettant à quatre adultes ( la place centrale est symbolique ) de voyager en toute sérénité, même à des allures hautement prohibées… La transmission automatique 5 rapports est à l’image de cette étoile filante : feutrée et efficace à défaut d’être réellement sportive. Il en va de même pour la direction paramétrique asservie à la vitesse, offrant un toucher de route précis mais quelque peu aseptisé. Idem pour le freinage SBC « drive by wire », diablement efficace mais renvoyant peu d’informations au conducteur. Il serait toutefois malvenu de tenir rigueur de ces quelques traits de caractère, sa vocation étant plutôt celle d’un monstre d’autoroute. Et puis, le chant du V8 compressé aura tôt fait de faire oublier ces griefs : à bas et moyens régimes, on pourrait presque le confondre avec un V8 américain. A l’approche de la zone rouge, il monte dans les aigus avec le même brio qu’une mécanique transalpine…
Sport en salon
De l’intérieur, difficile de déceler le potentiel de cette sportive au long cours. Similaire à celui d’une classe E “basique”, l’habitacle fourmille de raffinements en tout genre… optionnels, comme le veut le tradition de Stuttgart : toit panoramique vitré, packs Designo permettant la personnalisation des cuirs, coloris, inserts… L’essentiel est heureusement fourni de série : 6 airbags, ABS, ESP, système audio, régulateur de vitesse ( ouf! ), sellerie multicontours, phares xénon… La qualité de fabrication reste conforme aux standards Mercedes, c’est à dire au sommet. En se montrant tatillon, on pourra relever une légère baisse de finition ( quelques plastiques quelconques en bas de console centrale ) par rapport à la génération précédente, indestructible certes, mais beaucoup plus austère. Depuis quelques années, l’Etoile nous habitue en effet à des présentations intérieures plus chaleureuses.
Fiabilité et entretien
Contrairement à ses consoeurs CDI plus modestes, la E 55 AMG n’a pas connu les mêmes déboires électroniques. Déjà connues sur l’ancienne génération, les mécaniques essence bénéficient d’une certaine maturité, et le V8 5,5 l ne pose aucun problème particulier. Une plaque gravée est située sur le moteur, où figurent le numéro de série et le nom du mécanicien chargé de l’assemblage ( un peu d’exclusivité ne fait jamais de mal! ). Seuls soucis à déplorer, la boîte de vitesse supporte mal la brutalité et peut générer des à-coups, et le freinage SBC peut se mettre en sécurité inopinément. Jusqu’à fin 2003, certains exemplaires ont rencontré des problèmes de suspension Airmatic. En cause : un problème de compresseur et des cas de fuites rendant l’amortissement piloté inopérant. Comme toutes les Mercedes AMG, la E 55 est exigeante en entretien et seuls les ateliers agréés AMG seront à même de recevoir l’auto. Le coût annuel reste tout à fait correct : en Ile de France, le contrat annuel d’entretien incluant vidange, révision et plaquettes s’élève à environ 1200 euros pour un kilométrage moyen de 20 000 km par an. En revanche, les pneumatiques s’usent relativement vite ( gardons à l’esprit que l’engin accuse plus d’1,8 t ) : comptez un remplacement de train arrière tous les 20 000 km ( 550 euros pour un train en 265/35 ZR 18 non montés, 450 euros pour l’avant en 245/40 ZR 18 ). Enfin, la consommation s’élève à 13 l/100 km en cycle mixte, 16 l en conduite sportive, ce qui reste raisonnable toutes proportions gardées.
Craquer pour une E 55 AMG ne présente pas de risque réel tant que l’historique et l’entretien sont limpides. Pour plus de sûreté, préférez les modèles produits à partir de 2004, largement fiabilisés. Une première main de 2004 en parfait état affichant entre 90 000 et 100 000 km se négocie entre 35 000 et 38 000 euros. A noter que la E 55 fut remplacée par la E63 ( 514 ch ) lors du restylage de 2006.
A voir : Mercedes Classe E d’occasion
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