Avis aux nostalgiques… Depuis près de 70 ans, l’artisan britannique s’est fait fort de maintenir une tradition sans concessions. Avec l’avènement du tout électronique dans nos sportives, les roadsters Morgan sont plus que jamais des ambassadeurs de l’authenticité du plaisir de conduite.

Au volant d’une Morgan, les sensations de conduite sont d’un autre âge : très peu filtrée, la route livre toutes ses informations et la direction incisive est en prise directe avec les aspérités du revêtement. Si conduire une Morgan au quotidien ne demande pas de capacités particulières, la piloter nécessite quelques connaissances : il faudra gérer le freinage ( disques à l’avant, tambours à l’arrière, même sur les versions les plus puissantes ), et la rigidité approximative. Adaptée aux conditions des routes de l’époque, ce roadster présente un châssis et une structure souple, offrant un comportement oublié avec nos autos contemporaines. C’est là tout le charme des Morgan : conserver un ressenti de conduite digne des premières heures de l’automobile… et proscrire toute aide à la conduite, y compris l’ABS! Le châssis n’en est pas moins efficace et équilibré, d’autant que le poids contenu ( de 860 à 940 Kg selon motorisation ) aide à assainir le comportement. Conçue en 1936, la Morgan Classic est restée fidèle à une architecture « ancestrale » : châssis séparé en acier ( désormais galvanisé, et jamais en bois, contrairement aux idées reçues! ), essieu arrière rigide, ressorts arrière à lames…

Pas nécessaire donc de recourir à des blocs moteurs surpuissants pour obtenir des sensations uniques et des performances de bon aloi. Jusqu’en 2000, les moteurs provenaient de chez Rover : constructeur quasi artisanal, Morgan n’a jamais développé ses propres groupes moto-propulseurs. Trois motorisations sont au programme : deux 4 cylindres 16 soupapes 1.8 l ( récemment remplacé par un 1.6 l 115 ch ) et 2.0 l développant respectivement 125 et 150 ch, et un V6 3.0 l de 215 ch, tous trois d’origine Ford. Si toutes ces versions sont suffisantes pour mouvoir ce poids-plume, le 2.0 l 150 ch permettra d’exploiter pleinement son côté ludique ( 0 à 100 km/h en 7,3s ).

Au quotidien

Il n’existe pas deux Morgan identiques : personnalisables à l’envi, ces autos permettent une infinité de combinaisons de teintes de carosserie, de rayons de jantes, tableau de bord, sellerie, jusqu’au passepoil des sièges, moquettes et joint de carrosserie! Spartiate mais non moins élégant, l’habitacle au ras du sol isole peu de la route et fait généreusement profiter de la sonorité de la mécanique, fort sympathique quelle que soit la motorisation choisie. Sans compter les bruits d’aérodynamique, franchement envahissants au delà des 80 km/h. Mais même en deçà de cette vitesse, le plaisir est au rendez-vous. Quoi qu’il en soit, une Morgan reste une voiture « passion », utilisable au quotidien aux prix de quelques concessions au confort et au sens pratique. Un état d’esprit avant tout… Contre toute attente et malgré son âge de conception antédiluvien, la sécurité est préservée. Le cadre de carrosserie en bois de frêne ( près de 90 éléments assemblés ) fait preuve d’excellentes capacités d’absorption de choc, en raison de sa souplesse.

Avant l’achat

Rares en occasion, les Morgan s’échangent souvent par le bouche à oreille; se mettre en rapport avec les clubs est donc conseillé. Un bel exemplaire en 2.0 l âgé de deux ou trois ans se trouve aux alentours des 45 000 € et les modèles plus anciens ne sont guère plus abordables. Les Morgan les plus récentes sont aussi les plus recommandables : un modèle de 40 ans et un actuel sont identiques et offrent la même authenticité de conduite. Selon P. H. Mahul, importateur Morgan France, « la meilleure Morgan, c’est la neuve ». En tous les cas, les composants mécaniques sont éprouvés et ne posent aucun problème de fiabilité. Attention toutefois aux anciens blocs Rover, dont la disponibilité des pièces peut s’avérer problématique. L’entretien n’est pas ruineux, et la légèreté bénéficie à la longévité des pièces d’usure. Les pneumatiques sont de dimensions modestes ( 165/80/15 pour la 125 ch, 195/60/15 pour la 150 ), et outre les opérations de maintenance classiques ( vidange, filtres… ), les moteurs ne nécessitent aucun suivi spécifique particulier. La distribution par chaîne ( depuis 2000 ) abaisse encore le coût de revient de l’auto.

L’achat d’un tel véhicule demande toutefois quelques précautions. La vigilance doit se porter sur le pied milieu, point où l’assemblage est le plus complexe : la qualité du bois devra y être attentivement examinée. Bien sûr, les variations de température et d’humidité influencent la structure en frêne. Depuis 1986, le traitement du bois limite les risques de pourissement. Avant cette date, l’espérance de vie de la structure d’une Morgan ne dépassait pas 10 ans, pour peu que l’auto soit utilisée dans des contrées humides… Attention si le véhicule a été accidenté : le châssis séparé ne supporte pas le passage au marbre, et doit être intégralement remplacé ( voulu souple d’origine, il s’agit de ne pas l’assouplir davantage ). A noter que les Morgan sont équipées depuis 2005 d’une capote plus pratique à installer et enfin étanche.

A voir : Morgan d’occasion

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