Cette première Ferrari de l’âge post-Enzo est une bonne entrée en matière pour qui souhaite renouer avec un pilotage authentique. A choisir avec discernement : les premières 348 TB souffraient d’un comportement peu engageant, même pour les plus aguerris. Mieux vaudra se tourner vers une 348 GTB, aboutie mais plus rare…

Lancée en 1989 dans la précipitation, la 348 TB pâtit d’une réputation sulfureuse. Cette Ferrari reprend un design issu de la 328, mâtiné d’un peu de Testarossa au vu de la poupe et des prises d’air latérales. Les férus de Daytona et 512 déploreront son profil trop ramassé… La 348 est la dernière représentante des Ferrari de l’époque héroïque : pas facile à prendre en main, elle ne pardonne pas les erreurs du pilote novice et il fallait une bonne dose d’expérience pour en tirer la quintessence. Et encore… Sa tendance au survirage prononcée en fait une auto délicate, très ( trop? ) agile. A son lancement, la conception de son châssis avait fait hurler les puristes : exit le châssis tubulaire, la 348 inaugurait une coque autoportante inédite. Et le développement mal maîtrisé des liaisons au sol lui valut les foudres des nostalgiques de l’ère Enzo…

Pour mener cette berlinette, il faudra s’accomoder de suspensions raides, d’une direction très directe et d’une commande de boîte de vitesse ferme : une authentique sportive, fatigante au bout de quelques kilomètres à rythme soutenu. Après, si on se contente de rester à un train de sénateur, la 348 est plutôt agréable : le son fabuleux du V8 est bien là, et ses 295 ch ( 320 ch pour la GTB ) ne renâclent pas à la tâche. Issu de la 328, le V8 32 soupapes est réalésé de 3,2 l à 3,4 l et chante jusqu’à 8000 trs/mn. Très réussi, il jouit d’une large plage d’utilisation, et surtout d’une boîte 5 rapports parfaitement étagée : l’association moteur/boîte est le principal atout de la 348. Même à bas régime, le V8 est relativement disponible et le couple maximal bas perché pour une sportive ( 320 Nm à 4200 trs/mn ) permet d’enrouler en ville sans trop de peine.

Dès son lancement, la 348 fut proposée en 2 versions : TB ( berlinette ) et TS ( targa ). La rigidité de cette dernière reste correcte.

En fait, il existe deux 348 : TB jusqu’en 1994, GTB jusqu’à l’arrêt de production en 1995. Bien plus rare ( environ 3000 exemplaires ), cette dernière est aussi la plus désirable : les refontes du châssis ont permi à la 348 de gagner en efficacité ce qu’elle a perdu en dangerosité. La direction et les points d’ancrage des suspensions ont été les principales modifications. Par la même occasion, la 348 perd 50 kg ( de 1460 à 1410 kg, conséquent pour l’époque ), et la partie mécanique n’est pas en reste : le V8 voit sa puissance portée à 320 ch et la zone rouge grimpe de quelques trs/mn. Les performances évoluent peu : 5,6 s pour atteindre 100 km/h, 24,8 s pour le 1000 m D.A, et 275 km/h en vitesse maxi. Esthétiquement, la GTB se distingue de la TB par ses bas de caisse couleur carrosserie ( attention, bon nombre de TB ont subi cette modification… ).

La 348 GTB reste une auto exigeante, et devra être menée avec circonspection pour éviter les pertes de motricité. Et outre l’ABS, la sécurité demeure l’affaire du pilote…

Vie à bord

Dans l’habitacle, les plastiques médiocres sont un peu trop présents et l’austérité du design ne respire guère la joie de vivre. Comme sur toutes les Ferrari de la grande époque, la planche de bord de la 348 vieillit mal et prend vite un aspect défraîchi. Heureusement, la grille alu du levier de vitesse et l’instrumentation complète rappelle que l’on a bien affaire au Cheval Cabré. Idem pour la position de conduite, idéale, et l’habitabilité en progression qui font oublier l’agencement spartiate. Pour une sportive de l’époque, l’équipement est correct et offre l’essentiel : vitres électriques, fermeture centralisée, anti-démarrage, climatisation ( enfin efficace ), cuir. Pour la sellerie, le cuir vieillit correctement à condition d’être traité au moins une fois par an. Sur le cabriolet, la capote ne pose pas de problème particulier de vieillissement tant que son entretien a été suivi.

Fiabilité et coût d’usage

Le comportement piégeur de la 348 en a mené quelques-unes au tas… Il faudra se montrer attentif à toute trace de réparation. Concernant le comportement routier, les 348 peuvent présenter des disparités d’un modèle à l’autre, imposant un contrôle régulier de la géométrie. Ce sont les principaux points faibles de la 348. Au niveau mécanique, le V8 est fiable si entretenu de manière irréprochable : les courroies de distribution et bougies devront impérativement être changées tous les 50 000 km ( environ 7 000 € ). Comptez aux alentours de 5 000 € pour l’embrayage, à revoir tous les 30 000 km en moyenne. L’entretien annuel ( ou 10 000 km ) inclut vidanges et filtres ( la qualité de l’huile est primordiale ), es facturé de 1500 à 2000 €. En terme de main d’oeuvre, le V8 nécessite des temps d’intervention élevés : la position centrale impose souvent la dépose du moteur, et les prix varient d’un atelier à l’autre. Quelques caprices électroniques sont à relever : un défaut de capteurs sur les premiers modèles peut mener à la coupure d’un banc de cylindres en roulant à faible allure : en général, couper le contact et redémarrer suffit à résoudre le problème.

Les soucis propres aux italiennes de cette génération sont légion : pannes électriques, joints de vitres de piètre qualité. Un point positif malgré tout : les 348 sont généralement épargnées par la corrosion.

Comme toutes les sportives, les 348 roulent peu : les kilométrages parcourus excèdent rarement les 80 000 km, mais à ce stade, la fiabilité mécanique sera aléatoire et d’importants travaux de réfection seront à prévoir ( soupapes, culasses… ). Méfiance également envers les modèles n’ayant pas roulé depuis longtemps : les joints subissent une détérioration rapide.

Le pilote en mal de sensations trouvera son compte avec une 348, tandis qu’une F355 plus civilisée sera davantage adaptée à un usage quotidien. Une des premières 348 se négocie facilement à 35 000 € ( pour environ 70 000 km ). Il sera préférable de s’orienter vers une GTB ( post-1994 ), plus sage et gage d’une plus grande sérénité. A condition de dénicher un des rares exemplaires disponibles : la 348 GTB est presque une auto de collection… Comme d’habitude, il faudra se méfier des 348 ayant connu de nombreux propriétaires. Il faudra compter entre 45 000 et 50 000 € pour un des derniers modèles ( moins de 50 000 km ), à l’entretien suivi et à l’historique irréprochable.

A voir : Ferrari 348 d’occasion

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