Lors de la présentation de la XK8 en 1996, il était prévisible que Jaguar complète la gamme de son coupé d’une version R dans la foulée. Il aura tout de même fallu attendre deux ans pour voir débouler la XKR, féline énervée de 375 ch.
La XK8 avait déçu par ses performances honnêtes, mais incapables de rivaliser avec les Mercedes SL ou Maserati 3200 GT. En 1998, la XKR rend enfin justice au passé sportif de la marque de Coventry. Toujours avec la même bouille de brochet façon Type E. Le V8 de la XK8 est gavé par un compresseur, pour afficher 375 ch et un couple tonitruant de 530 Nm à 3600 trs/mn. L’R qui lui manquait… Rageurs dans les tours, les 8 cylindres savent se montrer onctueux et dociles à tous les régimes : par rapport à une Maserati 3200 GT, la XKR fait preuve d’une grande facilité d’utilisation. Brutale à la demande, elle sait aussi parader à faible allure sur un filet de gaz. Et son feulement, impressionant, reste toujours distingué : on est à 100 lieues des glou-glou d’un V8 yankee, dont se rapproche désormais l’actuelle XK. La boîte auto 5 rapports est agréable, même si elle manque de rapidité jusqu’en 2002. Date à laquelle le V8 passe à 395ch. La boîte 6 des derniers modèles est plus efficace et permet des relances hallucinantes, surtout sur les modèles d’après 2004 ( 406 ch ). Et en accélération, le 4.0 395 ch permet un 0 à 100 en 5,4s.
Bien sûr, la XKR n’est pas encore une bête de circuit, mais la stabilité est surprenante : la suspension pilotée CATS a été configurée dans un mode plus sportif et apporte en précision ce qui manquait à la XK8. On remarquera toutefois que des pompages subsistent. Les attaques en règle seront réservées aux plus aguerris : la XKR reste une propulsion de 1715 kg ( 1735 après 2000 )… C’est là le seul péché de la belle anglaise : avec un tel surpoids, les freins crieront grâce assez vite, tout Brembo soient-ils.
Extérieurement, impossible de la confondre avec une simple XK8 : prises d’air sur le capot, logos R disséminés un peu partout et surtout de superbes jantes 2 parties en 18p, chaussées en 255/45 caractérisent la XKR. La XK « Supercharged » affiche ostensiblement sa sportivité mâtinée d’une élégance toute british.
En 2004, le V8 passe à 406 ch et une très exclusive série limitée Chapal fait son apparition, clin d’oeil aux Jaguar des années 50. En plus de rétroviseurs recouverts de cuir et d’une sellerie fauve très “vintage”, le célèbre maroquinier fournit une bagagerie sur mesure.
Vie à bord
Ambiance boîte de nuit londonienne débauchée à bord de la XKR… Bois et cuir d’un goût parfois improbable ( épaisses peausseries rouges et boiseries noires ) raviront les adeptes du kitsch, moins les amateurs de sobriété et de sportivité. Influence Ford oblige, certains éléments de l’habitacle sont en provenance directe d’une vulgaire Mondeo. A défaut d’afficher une finition exemplaire, la XKR est chaleureuse, même pour 4 passagers. Le vieillissement ne pose pas de problème particulier, hormis une usure parfois rapide des cuirs clairs et l’apparition rapide de quelques rossignols. On lui passera volontiers ces travers, l’équipement affiche complet : clim auto, radio CD, sellerie cuir électrique, régulateur de vitesse…
Fiabilité et entretien
Attention danger, concernant les boîtes automatiques d’avant 2002. Des problèmes de gestion électronique ont parfois entraîné leur remplacement complet. Si une boîte rechigne à passer un rapport ou présente un patinage anormal, méfiance : son remplacement grimpe jusqu’à 6000 €. Les modèles post-2002 sont équipés d’une transmission ZF 6 rapports, comme la XK8. Une boîte fiable, sans problème connu.
Globalement, la XKR n’est pas exempte de reproches, même si l’entrée dans le groupe Ford a grandement bénéficié à la fiabilité.
Autre point sensible, et non des moindres : le V8 alu a souffert d’un mauvais revêtement au Nikasil, pouvant entraîner des casses moteur jusqu’en 2000. Enfin, sur les premiers millésimes, le tendeur de chaîne de distribution et la pompe à eau peuvent montrer des signes de faiblesse.
Bref, un bilan mitigé : évitez les modèles d’avant 2000, dont l’achat ressemble trop à une loterie. En principe, les éléments à problème ont été changés sous garantie ou fait l’objet d’un rappel. Pour plus de sûreté, La XKR s’apprécie pleinement en 4.2 ( après 2002 ), dont la mécanique à été largement fiabilisée.
Compte tenu du poids conséquent de la XKR, l’usure rapide de certains éléments n’a rien d’anormal. En usage sportif, les disques ne tiendront guère plus de 20 000 km, mais sont abordables ( environ 600 € la paire ). Attention aux roulements ou aux silent-blocs de triangles de suspension, qui tiennent rarement plus de 80 000 km. Enfin, pour les gommes en 255/45 ZR 18, tout dépend du style de conduite adoptée. Comptez environ 250 € / pièce hors pose.
Si une consommation de près de 14 l / 100 km en cycle mixte ne vous rebute pas, n’hésitez pas à franchir le pas. Aujourd’hui, une XKR 4.2 de 2002 peut se dénicher pour 30 000 € avec 80 000 km au compteur. Si l’entretien à été suivi, vous disposerez encore de nombreuses années pour en profiter. En prenant plus de risques, une XK8 d’avant 2000 avec 130 000 km se trouve aux alentours de 20 000 € : là , il faudra s’assurer du remplacement des pièces mécaniques incriminées ci-dessus.
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